Pas Sidney Poitier

Publié le par Emmanuelle

Dans ce nouveau roman, Percival Everett conjugue magistralement l’humour à la satire. Là où les aventures (trépidantes ou folles) de ses personnages (décalés ou désespérément ordinaires) s’allient à des procédés narratifs inattendus, le comique et la réflexion flirtent avec l’absurde. Jubilatoire !

"Je suis le fruit, né sous de mauvais auspices, d’une grossesse hystérique(…) Je suis grand, ai la peau noire, et offre aux yeux du monde l’apparence de M. Sidney Poitier, ce que ma pauvre mère dérangée, et désormais défunte n’aurait pas pu savoir lorsque, à ma naissance, elle me nomma Pas Sidney Poitier."
Avec une telle entrée en matière, Percival Everett pose les jalons de sa nouvelle histoire et donne le ton. Question folie, la mère de notre héros en impose : elle accouche après deux ans de gestation et lui lègue une fortune colossale. Elle l’affuble d’ un parrain singulier, aussi avide qu’insipide, un certain Ted Turner, magnat des médias américains. Question couleur de peau et préjugés raciaux, la vie de notre héros ne manque pas de piment: dès l’enfance jusqu’à l’université, il ressent comme une gêne à son égard. Question patronyme, ses déboires atteignent leur paroxysme : comment faire comprendre au commun des mortels (voire même au lecteur ‘’fatigué’) l’usage de cette négation de prénom et de nom. Sans oublier cette ressemblance physique avec ce célèbre américain, premier acteur noir à recevoir l’Oscar du meilleur acteur en 1963 pour son rôle dans Le lys des champs. Et pourtant, Pas Sidney Poitier s’entête à vouloir de l’ordinaire (une éducation, des amis, des hobbies, etc.).C’est oublier ses multiples handicaps qui feront de sa vie au mieux une suite de péripéties rocambolesques, au pire un enfer. Car ce qu’il faut bien comprendre, c’est que notre héros (qui peut hypnotiser ses contemporains pour les soumettre à sa volonté) rêve pas mal ou (pire!) vit et subit réellement les aventures que son (pas) homonyme a incarnées pour le cinéma. Des références ou des scènes de films comme La Chaîne , Dans la chaleur de la nuit , Devine qui vient dîner ?
comptent parmi les aventures de notre candide. Cerise sur le gâteau : sa rencontre avec un personnage aussi déjanté qu’emblématique. Un certain Percival Everett (himself), professeur d’université débonnaire dont il suit les cours et les conseils. Plus absurdes les uns que les autres, of course ! Savoureux à souhait, ce roman d’apprentissage est bien plus une farce qu’une satire parfois. Cependant, pourvu qu’on s’écarte un peu du comique et des mises en abyme, la problématique raciale est toujours présente. Encore merci et bravo M. Everett !
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Percival Everett - Pas Sidney Poitier - Actes Sud 22,50 €
traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne-Laure Tissut

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