Erik L'Homme, A comme Association

 

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A comme Association

Entretien avec Erik L'Homme

 

Isabelle Réty : Deux auteurs, deux héros, deux éditeurs, pour une même série... une véritable association ! Comment est né ce projet de « A comme Association », avec Pierre Bottero ?

 

Érik L'Homme : Il est né de rencontres. D’amitiés patiemment tissées. Avec Pierre, bien sûr, mais aussi avec nos éditrices, sans lesquelles le projet n’aurait pas pu être imaginé. Parce que dans tout voyage ambitieux il faut des explorateurs et des armateurs, qui partagent un même rêve.

Cela faisait longtemps qu’avec Pierre nous voulions écrire ensemble, partager un univers qui ne soit aucun des nôtres, une terra incognita. Sur la carte approximative que nous avons emportée, avec comme seul bagage la confiance de nos éditeurs, ces mots, en points de repère : Laisse-toi surprendre…

 

I.R. : Jasper et Ombe sont deux jeunes stagiaires recrutés par une mystérieuse organisation qui a pour but d'assurer la paix entre les Normaux et les Anormaux. Pourriez-vous nous parler de ces deux adolescents et de l'Association ?

 

É. L'H. : L’Association est un organisme dont on sait peu de choses, sinon qu’il gère depuis toujours la cohabitation entre humains (Normaux) et non-humains (Anormaux : vampires, lycans, goules, gobelins et autres créatures). Un organisme qui protége les uns des autres (dans les deux sens !) avec un souci permanent de discrétion. L’Association existe au niveau mondial mais fonctionne par l’intermédiaire d’antennes locales. La parisienne (celle qui nous intéresse) est dirigée par Walter, bureaucrate bedonnant, et Mademoiselle Rose, secrétaire pète-sec, qui sont peut-être plus que ce qu’ils paraissent. L’Association, enfin, utilise pour remplir son rôle les talents particuliers d’une troisième catégorie d’individus : les Paranormaux.

Jasper et Ombe sont des Paranormaux. Le garçon pratique la sorcellerie avec brio, la fille encaisse et distribue fort honorablement les coups. Il a seize ans, un humour douteux et les hormones en ébullition, elle a dix-huit ans, se débat avec un passé douloureux et fait craquer les hommes (Jasper compris !). L’un comme l’autre ont été sauvés par leur recrutement au sein de l’Association ; Jasper de la déprime et du manque d’attention, Ombe de la marginalité et des mauvaises pentes. Agents stagiaires, ils sont peut-être, comme Rose et Walter, plus que ce qu’ils ont l’air…

 

I.R. : Jasper et Ombe ont des missions bien distinctes mais ils évoluent dans le même univers et se croisent. Comment avez-vous travaillé avec Pierre Bottero ?

 

É. L'H. : En toute indépendance et en toute connivence ! Les aventures de nos personnages sont autonomes, mais se croisent, en effet, dans chacun de nos tomes, convergeant vers un grand mystère qui sera résolu à la fin. Il arrive ainsi qu’une même scène soit décrite dans nos livres respectifs, avec le regard propre à nos héros !

Pour donner sa cohérence et sa profondeur à la série, nous avons commencé par nous mettre d’accord sur l’essentiel : l’univers, les personnages, l’intrigue générale et les intrigues secondaires, le ton, les limites à franchir et celles à ne pas dépasser. Pour le reste, on découvrait tout au fur et à mesure de l’écriture, presque en direct, à grand renfort de courriels et de conversations téléphoniques !

 

I.R. : L'humour a une très grande place dans les deux tomes malgré les situations pour le moins périlleuses dans lesquelles se retrouvent les héros...

 

É. L'H. : Oui. Nous voulions avant tout nous amuser. Sans nous moquer du lecteur, bien sûr ! Délirer sérieusement. Nous n’avons pas eu à nous forcer. On rigolait beaucoup, avant même de se mettre à écrire ensemble…« L'humour renforce notre instinct de survie et sauvegarde notre santé d'esprit », disait Charlie Chaplin. Nul doute qu’Ombe et Jasper en aient sacrément besoin !

 

I.R. : Pierre avait écrit deux volumes avant de disparaître brutalement. Vous avez décidé de continuer seul et de mener le projet à son terme. J'imagine que la décision n'a pas été facile à prendre.

 

É. L'H. : Pas facile du tout… L’intérêt majeur du projet était cette connivence que j’évoquais, le plaisir, la joie, la jubilation extrême d’écrire avec Pierre, d’échanger,de partager avec lui des idées et des émotions. Pierre disparu, il m’a fallu trouver un nouveau sens à ce travail : aller jusqu’au bout de l’aventure, pour ses lecteurs fidèles, pour lui qui était homme à ne pas abandonner, et pour moi, puisque je sens sa présence dès que je suis avec Jasper et Ombe ! Le soutien sans faille de mon éditrice, Hedwige, et de l’éditrice de Pierre, Caroline, a également pesé un poids énorme dans ma décision… Le projet ne verra pas le jour sous sa forme initiale. Il respectera la « bible » que nous avons établie, Pierre et moi, mais j’ai été forcé d’en réduire l’ambition (des treize tomes prévus il en restera huit) et de l’aménager, en choisissant de coller au plus près à la réalité puisque Ombe, le personnage de Pierre, disparaît à partir du cinquième tome…

 

 

Entretien réalisé par mail pour le Magazine Page des Libraires par Isabelle Réty de la librairie Gwalarn (Lannion)

© Page des Libraires n° 140, octobre 2010

 

La chronique des livres : A comme Association